Le Dauphiné Libéré parle de FABOGLISS
Avec Fabogliss, Stéphane Villeminot invente
une autre façon de glisser la ville.

Cet ancien concepteur mécanique a inventé
un objet de glisse urbaine.
Il y a chez Stéphane Villeminot quelque chose des inventeurs instinctifs. Ceux qui bricolent, observent, imaginent autrement sans forcément entrer dans les cases. À 45 ans, cet ancien concepteur mécanique installé dans la région grenobloise transforme aujourd’hui une idée née presque par hasard en un étonnant objet de glisse urbaine : Fabogliss.
Derrière ce nom encore jeune se cache un accessoire aussi simple qu’intrigant : une sorte de patin amovible qui se fixe sous les chaussures pour permettre de longues glissades sur les surfaces lisses de la ville. Une nouvelle discipline hybride entre skate, roller et jeu d’équilibre, pensée avant tout pour le plaisir immédiat du mouvement.
Le parcours de Stéphane Villeminot n’a pourtant rien d’un itinéraire classique d’entrepreneur. Né dans l’Essonne, au sud de Paris, il décrit lui-même une scolarité compliquée. « Je faisais partie de ceux qui avaient du mal à trouver leur place », raconte-t-il. Hyperactivité mal comprise, ennui à l’école, difficultés à se projeter : longtemps, il cherche sa voie sans vraiment la trouver.
Le premier déclic arrive avec la musique, puis avec le dessin technique et la conception mécanique. Après plusieurs petits boulots et une formation de dessinateur en bureau d’études, il finit par rejoindre Grenoble vers 25 ans, attiré par la montagne et cette région que son père lui a appris à aimer depuis l’enfance.
Pendant des années, il travaille dans différentes entreprises industrielles, souvent en intérim, avant d’intégrer une start-up où il découvre enfin un poste dans lequel il se sent utile et créatif. Jusqu’à la fermeture de la société. Un licenciement qui devient finalement un tournant. « Ça faisait longtemps que j’avais envie de créer quelque chose », explique-t-il. « Mais je ne savais pas quoi. »
« Je voulais créer quelque chose qui fasse sortir les gens »
Puis vient cette idée de semelle glissante. D’abord un simple concept bricolé dans l’atelier familial avec l’aide discrète mais précieuse de son père Richard. Puis des prototypes. Des essais. Des chutes aussi. Jusqu’à obtenir un objet fonctionnel, léger et étonnamment intuitif.
Le principe est simple : une fine semelle en plastique ultra-résistant se fixe sous les chaussures grâce à des attaches adaptées au pied. Dès que le sol devient suffisamment lisse, le corps comprend presque instinctivement comment jouer avec l’équilibre et la glisse.
À Grenoble, Stéphane connaît déjà ses terrains favoris : certains espaces de la Caserne de Bonne ou encore le pont piéton au-dessus de l’Isère où les glissades peuvent atteindre une quinzaine de mètres.
Mais derrière l’aspect technique, Fabogliss raconte surtout une envie de réinventer le jeu urbain. « Je voulais créer quelque chose qui fasse sortir les gens dehors », confie-t-il. « Un amusement entre copains, loin des écrans. »
Aujourd’hui encore en microentreprise, Stéphane avance étape par étape. Sans grands discours commerciaux. Avec la prudence des autodidactes qui savent combien chaque invention commence souvent dans un garage ou un atelier improvisé.
Reste à savoir si Fabogliss deviendra demain un véritable phénomène de glisse urbaine. Mais une chose est certaine : au détour d’un trottoir lisse ou d’une place grenobloise, Stéphane Villeminot a déjà remis un peu de jeu, d’enfance et de liberté dans le bitume.
Article : Serge Massé